OLIVIER HEINRY
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L'art actuel est une cristallisation du temps présent. On le constate une fois de plus devant les derniers travaux d' Olivier Heinry. Ainsi, dans les grands panneaux , le matériau devient medium par la conversion, de manière Warholienne, d' une image du temps ( planning) en temps de l' image marchandise - pornographique ou autre, fonctionnelle et désormais reproductible numériquement, dans un processus de transformation qui intensifie une mise en abîme métaphorique de la frontalité sans profondeur et fragmentée des médias électroniques. Aucune nostalgie esthétique ne voile la présence de ces dispositifs visuels qui réduisent en outre au minimum l' écart entre perception et interprétation,leur caractère d' évidence s' en trouvant accentué. Quant au tableaux , ils sont la juxtaposition , présentée à l' horizontale, détroites coulées linéaires déclenchées à la verticale et quasi aléatoires qui , par l' effet d' une rotation à 90 degrés , s' entassent maintenant en strates . Ce simple changement d' orientation installe comme l' épaisseur sédimentée d' une durée dans l' instantanéité du geste initial. La lente fluidité de la descente antérieure se conserve désormais sous la forme de lignes de tensions qui paraissent travailler l' une des faces d' un volume, d' où une illusion de perspective très ténue. Cela rappelle, sans épigonisme, une peinture que défendra encore Clément Greenberg dans les années 60. Cette tridimensionnalité se trouve, réelle cette fois, dans les empilages de journeaux, avec une littéralité qui a toute la résonnance concentrée, sèche, de morceaux de John Cage revus par Fluxus- résidu prosaîque et solidifié du vierge du vivace et du bel aujourd'hui mallarméen dont le déchet est ici transfiguré en un dérivé tautologique du maintenant. Ces pièces , par l' adéquation en elles du matériau à l' intention qu'il suscite et active au gré d' une inventivité controlée qui sait éviter les pièges de la virtuosité, semblent prêtes à affronter l' épreuve du temps. Richard CREVIER Paris-Janvier 2002 |
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Par quelle nouvelle image un peintre peut il encore donner le goût de l' aventure picturale à une société saturée de représentations? Olivier Heinry revendique la surprise et le défi, sa maîtrise du dessin traditionnel ne suffit plus. Chaque jour dans l' apparente banalité du quotidien s' impose un regard différent qu' il s' empresse de transmettre. A l' immédiateté des mirages entrevus répond celle des moyens plastiques renouvelés et toujours choisis dans un souci d' usage instantané: des feuilles de papier de couleur glissées dans les fentes de panneaux de planning, des pastilles autocollantes prêtes à poser ou plus récemment des gouttes de peinture. Chaque images choisie comme objet d' expérimentation est métamorphosée, pixelisée jusqu'à retrouver le mystère de son décryptage originel. Les tâches colorées juxtaposées, parfois superposées, sont suffisamment étendues pour que la lecture intégrale de l' image initiale soit devenue impossible. Le subtervuge familier des imprimeries et écrans de télévision ou d' ordinateurs ainsi amplifié brouille les repères établis entre figuration et abstraction,entre tradition et modernisme. Chaque nouvelle serie est inaugurée par la transposition d' une uvre peinte antérieure au xxème siècle. Celles qu' une multitude de représentations semble avoir épuisées, celles que tous croient connaître sans les avoir vraiment vues:<< l' Origine du monde>> de Courbet et le << Bain turc>> d' Ingres,scandaleuses par leur impudeur,et rendues invisibles par leur célébrité. Olivier Heinry propose de les redécouvrir en jouant ainsi avec les limites de la perception. Dans l' atelier du peintre des images découpées dans des magazines ou des photographies tirées de l' album de famille subissent le même traitement comme pour signifier que la nature et les motivations des artistes se ressemblent d' un siècle à l' autre: il sagit toujours de trouver sa place dans la foule d' une humanité énigmatique. Les jeux de formes précalibrées peuvent sembler froidement cérébrales mais la sensibilité de l' artiste le porte vers une matérialité salutaire:<<Après tout, une uvre d' art n e se réalise pas avec les idées mais avec des mains>> disait Picasso. |
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